Rinomina : Overlook

Exhibitions

24 June 2017

Scène 50 : 

L’AU-DELÀ 
LE MONDE DES MORTS 
WHITE CUBE 

Un white cube, une grande pièce blanche éclairée aux néons. La lumière y est très forte, très envahissante. 
Nous sommes dans un musée ou une galerie d’art contemporain. Mona accroche une grande toile, une peinture pop art représentant des grandes lettres jaunes sur fond blanc d’environ deux mètres carrés. On peut lire : 

L’AU-DELÀ 

Aux murs, il y a toute une série de toiles, à peu près de la même taille. Ces œuvres font partie d’une série. Ce sont des lettres peintes de différentes couleurs sur fond blanc ou beige, à la Edward Ruscha. On reconnaît les différents cartons du film. 

MONA 
MARIE 
ESTHER 
ADÈLE 
CLARISSE 
PATRICK 
FRANCK 
LES LUMIÈRES DE LA FÊTE 
MANSFIELD 
L’AU-DELÀ 

Adèle arrive. Elle regarde Mona accrocher la grande toile au mur, à côté de Mansfield. Adèle est vêtue de sa robe de princesse, mais celle-ci est toute déchirée. Le tulle est parti par pans entiers. Ses cheveux sont ébouriffés, pleins de terre. Elle n’a plus ses menottes. Son visage est ensanglanté. Il y a plein de sang séché sur ses cheveux en pagaille. Elle tient le blouson de policier de Franck dans la main. 

[…] 

Je suis née en France et j’ai déménagé une quarantaine de fois : Oise, Bretagne, Charente-Maritime et Paris. Études aux Beaux-Arts de Rennes, Nantes, Strasbourg, Lyon. J’y fais des rencontres, affectives et décisives. Passage à l’an 2000. Diplômes, post-diplômes. Je tente de faire de la vidéo, du montage, de l’art. 
Je mets en place une œuvre en secret, qui va durer des années : ma collection de cassettes VHS de films d’horreur, à l’époque bénie du passage au DVD. Sensation d’absurdité, de monde clos, d’effacement, de vanité. J’arrête tout. Avec Hervé Coqueret, je fais du cinéma pour de vrai, avec des moyens, une boîte de production (Mezzanine Films), des scénarios, des dossiers à n’en plus finir, plein d’ordis. Deux, trois courts-métrages sont produits, réalisés, diffusés : Patrick Patrick Club Suicide et Au bord du monde, en duo avec Hervé Coqueret, puis Toutes les belles choses, seule. 
On est contents, on voyage un peu grâce aux festivals, les films passent à la télé. Un projet de long-métrage est lancé. Il mettra plusieurs années à ne pas se finir. J’appuie sur pause. Arrêt sur image. Je n’en peux plus des écrans. J’ai mal aux yeux. J’ai besoin de voir autrement. Une page blanche, quelques pastels, des images plein la tête. Je vais dessiner. Depuis ma chambre, je vois partout, du moins dans ma tête, c’est l’overlook.

With: Cécile Bicler